HERMÉTIQUE
30/10/2013 14:07 par krissghetto
HERMÉTIQUE:
Thot était un dieu égyptien qui, dans le mythe d’Osiris, était le conseiller de ce dernier, puis le protecteur d’Horus, aidant à la résurrection ; il présidait aux sciences et on lui attribuait des ouvrages encyclopédiques sur la religion et la science de l’ancienne Égypte. Les Grecs lui donnèrent le nom d’Hermès Trismégiste, « Hermès trois fois très grand » ; on désigna sous le nom de Livres d’Hermès Trismégiste des ouvrages probablement composés au IIIe siècle par des néoplatoniciens, adeptes des idées religieuses égyptiennes. De là découla le nom donné par les alchimistes à l’auteur - légendaire - de leur art, c’est-à-dire ayant rapport à l’alchimie, à la connaissance de la transmutation des métaux et de la médecine universelle, réservée aux seuls initiés. Par extension, est hermétique ce qui est obscur et dont le sens paraît réservé aux initiés, mais aussi ce qui est parfaitement fermé, à l’image de ce vase permettant une fermeture totale, grâce à une invention d’Hermès Trismégiste.
GUIGNOL:
Certains avancent que les marionnettes, poupées animées ou guignols, sortes de polichinelles, sont venues initialement de Chine. Mais celles que nous connaissons sont à l’origine italiennes. Un Lyonnais, Laurent Mourguet, installa rue Noire à Lyon, en 1795, un théâtre de poupées inspiré par les pupazzi italiens, dont l’un s’appelait Guignol ou Chignol. Avait-il un charme particulier ? Il eut en tout cas beaucoup de succès. En raison de son nom ? Peut-être, car Guignol était le nom d’un canut lyonnais ami de Mourguet, comme d’ailleurs Gnafron, ami de Guignol. Son costume devait plaire également : petite veste courte, de serge bleue, bordée de rouge. Mauvaise tête mais bon cœur, Guignol jouait des tours à tout le monde, particulièrement aux représentants de l’ordre et c’est pour cela aussi que le succès se développa : un sentiment populaire s’exprimait là. En 1848, le théâtre de Guignol était à son apogée, et le mot se fixa alors ; mais, très vite, il retomba et en 1856 ne désignait plus qu’une marionnette ou un personnage ridicule faisant le clown. Enfin, une confusion s’établit en 1900, en raison du Grand-Guignol, théâtre de Paris qui représentait des scènes de tragique terrifiant, appelées grand-guignolesque, donnant un tout autre sens au pauvre Guignol.
GOGO:
Frederick Lemaitre, acteur né au Havre en 1800, créa des rôles primordiaux du théâtre romantique et Paul de Kock, romancier particulièrement fécond - pas moins de trois cents volumes - ont au moins un point commun. C’est en effet grâce à eux que fut popularisée une pièce de Benjamin Autier, Saint-Amand et Frédérick Lemaitre, intitulée Robert Macaire, suivie de La Famille Gogo, de Paul de Kock où Gogo est le type du bourgeois peu éclairé, crédule et niais, qui se laisse facilement berner. Preuve de son succès, le mot gogo est entré au Dictionnaire de l’Académie en 1932.
ESCLAVE:
Othon le Grand (ou Otton Ier), fils d’Henri l’Oiseleur, vécut de 912 à 973. Il devint roi de Germanie en 936 et réprima alors les révoltes des grands vassaux, avant d’arrêter les Hongrois près d’Augsbourg en 955. Après être intervenu en faveur de Louis d’Outremer, en France, il défendit le pape Jean XII contre Béranger, roi d’Italie. Il fut couronné empereur, mais échoua dans ses tentatives pour enlever l’Italie méridionale à Byzance. C’est particulièrement lors de ses combats contre les Hongrois que l’on parla des vaincus ; en effet, il s’agissait de peuples slaves ; on les appela Slaves ou Esclavons ; ils furent vendus, comme c’était la coutume, après leur défaite. Les Esclavons ayant été vendus, le terme d’esclave se fixa dorénavant sur celui qui perdait sa liberté, qui était dominé et assujetti à un autre homme. En 1175, sainte Maure fait mention d’esclaves, un mot accepté dans le Dictionnaire de l’Académie en 1696.
ÉPICURIEN:
Né à Athènes en 341 av. J.-C., d’une famille noble, Épicure fut un philosophe prolixe : pas moins de trois cents volumes, dont malheureusement seules trois longues lettres nous sont parvenues. Cela a été suffisant pour la connaissance de sa doctrine, vulgarisée dans les écrits de ses disciples : Diogène Laërce et Lucrèce. Cicéron contestait cette philosophie, qui proposait comme but le Souverain Bien et comportait une attaque en règle contre les croyances religieuses, dressées partout comme une barrière entre l’homme et le bonheur. Pour autant, la morale d’Épicure n’était pas une morale athéiste, les dieux devant être honorés. Épicure, expatrié à Samos puis revenu à Athènes, mourut dans cette ville en 270 av. J.-C. Son succès était considérable et sa doctrine ou celle de ses adeptes, les Épicuriens, devint l’Épicurisme. Il semble que ce soit en 1587 qu’apparut la mention du terme épicurien, dans un ouvrage de Cholières. Le Dictionnaire de l’Académie l’accueillit en 1798.
ÉGÉRIE:
Le roi romain Numa Pompilius possédait une nymphe, nommée Égérie ; elle se trouvait dans les bois d’Aricie et recevait le roi Numa, la nuit de préférence, car leurs entretiens étaient plutôt secrets. Il y avait donc des rendez-vous nocturnes et une grotte où l’on faisait des prières. Mais l’histoire est cruelle, même pour les rois de Rome ; Numa mourut. Égérie en eut tellement de chagrin qu’elle versa beaucoup de larmes, tant, que Diane finit par la transformer en fontaine. C’est en 1850 que le nom d’Égérie fut utilisé pour la première fois comme nom commun au sens d’inspiratrice. Mais si l’on pense qu’Alfred de Musset en est légitimement le « créateur », il faut noter que Balzac avait utilisé le terme, dès 1846, dans son ouvrage sur les comédiens.
DRACONIEN:
Au VIIe siècle av. J.-C., à Athènes, six spécialistes étaient chargés de rédiger et de publier la loi pénale. Parmi eux se trouvait le nommé Dracon. Vers 621, il rédigea, selon Aristote, un véritable code pénal. Ses lois étaient impitoyables, car pratiquement tous les actes qualifiés de crimes étaient sanctionnés par la peine de mort ! Même la simple oisiveté était l’objet d’une telle sentence. L’élan était donné et le mot draconien fut inscrit en 1796 dans un Vocabulaire de la langue française. Mais pour lui également, le règlement fut draconien : il ne parvint à entrer dans le Dictionnaire de l’Académie qu’en 1878.
DON JUAN:
La vie aventureuse d’un seigneur espagnol est à l’origine de ce personnage de théâtre. Don Juan Tenorio vivait à Séville au XVIe siècle et se rendit célèbre par ses débordements, tuant le commandeur Ulloa dont il avait enlevé la fille. La légende raconte aussi qu’attiré une nuit dans le couvent de Saint-François, où se trouvait le tombeau du Commandeur, il aurait insulté sa victime et serait mort mystérieusement. Au début du XVIIe siècle, Tirso de Molina porta la légende au théâtre dans sa pièce El Burlador de Sevilla y el Convivado de piedra (Le Séducteur de Séville et l’invité de pierre). Ce fut ensuite le tout de Dorimond et Villiers qui intitulèrent la pièce le Festin de pierre. Enfin, en 1659, ce fut Molière, dans Don Juan ou le festin de pierre, trente-cinq ans après Tirso de Molina. Si Stendhal cita « les vrais don juan » dès 1822, il semble que le sens actuel se soit fixé en 1840, Gérard de Nerval, pour sa part, créant le terme don juanesque dans son Voyage en Orient, qui date de 1851.
DAUPHIN:
Le titre de dauphin était à l’origine porté par les comtes du Viennois, particulièrement par Guigues V, qui vivait au XIIe siècle. La raison ? Le dauphin que Guigues avait sur son écu (d’or, au dauphin d’azur, allumé, lorré et peautré de gueules). En 1343, Humbert II, dauphin du Viennois sans enfants et endetté, vendit ses États à Philippe VI, à condition que les fils aînés des rois de France prendraient le titre de dauphin. Le futur Charles V, fils de Jean le Bon, fut le premier Capétien à porter ce titre, recevant l’investiture en 1349. En littérature, on désigne sous le nom de Édition à l’usage du Dauphin un recueil de classiques grecs et latins à l’usage effectif du Grand Dauphin, le fils de Louis XIV. Mais, par extension, le terme qualifie toute collection expurgée destinée aux enfants. Le langage courant en a fait un synonyme d’héritier.
DANTESQUE:
Né en 1265 d’une famille noble et fortunée, Dante Alighieri (dans l’ordre, le prénom et le nom) fut tôt orphelin de père et fut éduqué par sa mère. Il étudia le latin et les œuvres classiques, ainsi que l’histoire, la philosophie, la physique, l’astronomie, la peinture et la musique. À l’âge de neuf ans, il s’éprit d’amour pour une enfant comme lui, Brice Portinari, et cela dura jusqu’à la mort de cette dernière, en 1290. Des sonnets, des ballades et des « canzoni » lui furent alors inspirés. Marié en 1294, il fut un des six prieurs de la République de Florence, maïs les problèmes politiques le firent condamner à l’exil ; il séjourna à Bologne et Padoue, peut-être à Paris, puis à Ravenne où il mourut en 1321. De son œuvre, c’est bien entendu La Divine Comédie qui fît son renom : cent chants racontant les visions du poète guidé par Virgile à travers les cercles de l’enfer puis au-delà, à travers le purgatoire. On attribue à Zola d’avoir utilisé en 1834 le mot dantesque dans le sens de terrifiant, grandiose, pour la première fois ; pourtant, la correspondance de Lamartine donne, quatre ans auparavant, le terme avec ce sens d’effroyable, d’inouï, de sublime. Quoi qu’il en soit, il aura fallu cinq cents ans pour que le mot trouve sa place. Un enfer.