MANICHÉEN
04/11/2013 22:14 par krissghetto
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Né en Babylonie en 216, Mani ou Manès se conduisit en hérésiarque, fondant la secte des Manichéens qui admettaient l’existence de deux principes divins, l’un bon et l’autre mauvais. En 243, il fut autorisé par le roi Sassanide Chahpour à prêcher sa doctrine, mais, à la demande du chef des mages, son successeur, nommé Bahrâm, le fit jeter en prison. Mani mourut d’épuisement en 277. En raison des persécutions, ce que l’on commença à appeler le manichéisme disparut de Perse, gagna l’Orient, l’Asie centrale, à la fin du VIe siècle, puis la Chine au XIVe siècle. En Occident, malgré la lutte énergique que les empereurs lui réservèrent à partir de Dioclétien, le manichéisme fit une résurgence chez les Bulgares, les Serbes Bogomils et chez les fameux Cathares du midi. Il fallut la croisade contre les Albigeois pour l’anéantir. Après une éclipse, le mot revint en usage au XVIIe siècle.
MACHIAVÉLIQUE:
Né en 1469 à Florence, Niccolo Madriavelli ou Machiavelli - la forme francisée a donné Machiavel - fut diplomate, philosophe, écrivain et homme politique. Chancelier de Florence, secrétaire du Conseil des Dix, il négocia en France, en Allemagne, à Rome. En 1512, les Médicis, maîtres de sa ville, le privèrent d’emploi, le jetant en prison. Libéré, il mena pauvre vie, consacrant son activité à la lecture et à l’écriture, espérant quelque nouvelle mission de la part des Médicis ; mais il ne retrouva jamais sa situation antérieure et les successeurs des Médicis s’en méfiaient, ce qui le desservit. Il mourut en 1527. Pendant sa disgrâce, il avait écrit un livre, Le Prince, dans lequel il exposa une conception nouvelle de gouvernement axée sur un ordre moral différent, description de la politique telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être. Tout le reste de son œuvre, qui va de l’art militaire à l’ouvrage historique en passant par la poésie, les nouvelles et la correspondance, est resté dans l’ombre de ce livre. Bien qu’il ait créé, en fait, la science de la politique, Machiavel fut jugé comme celui qui avait glorifié le tyran et nié tout principe au nom du réalisme politique. C’est en 1578 que l’adjectif machiavélique apparut dans la langue française et ensuite la famille de mots s’agrandit avec le machiavélisme, système de politique reposant sur l’astuce et la perfidie.
MACABRE:
Bien qu’il s’agisse d’un adjectif et non d’un substantif, arrêtons-nous à cette Danse macabre ou Danse Macabré, dont l’origine remonte à une période où la mort est partout en raison des guerres, des famines, des épidémies et imprègne morale, philosophie, sociologie et religion. Elle naît lors du Carême 1424 au Charnier des Saints Innocents à Paris.
LYNCHAGE:
John Lynch serait né en 1736, en Virginie, où s’était établi son père, émigré irlandais. Devenu planteur aisé et honorable, il prêta serment en 1766 dans le comté de Bedford récemment créé, afin d’en devenir le juge de paix. Il participa activement aux événements qui précédèrent la naissance des États-Unis : anti-Anglais, il prit d’abord part à la guerre d’Indépendance et ordonna des mesures économiques et politiques pour faire triompher ses idées. Dans cette période troublée, il institua un tribunal qui exécutait sommairement l’individu pris en flagrant délit, se passant même de jugement, au risque de terribles erreurs judiciaires. Ainsi, en 1780, Lynch condamna à la pendaison immédiate deux conspirateurs (jugés comme tels par ses soins) loyalistes. La Cour Suprême, en raison de la gravité des événements, partagea son sentiment. En 1789, John Lynch devint sénateur de Virginie et coula ensuite des jours paisibles. C’est en 1867 qu’on commença à parler de la « loi de Lynch » et du verbe lyncher : le mot lynchage, quant à lui, ne fit son apparition qu’en 1883. Hélas, dans les pays où la liberté est menacée, le lynchage est un mot d’actualité.
LOUSTIC:
Le mot allemand lustig désignait un bouffon attaché aux régiments suisses pour égayer les soldats loin de leurs foyers ; au XVIIIe siècle ces régiments pénétrèrent en France et le « lustig » suivit, toujours aussi gai pour dérider ses camarades enrégimentés. Le bouffon du régiment devint loustic en 1759 et caractérise celui qui amuse les autres par ses facéties.
LACONIQUE:
La Laconie est une ancienne contrée de la Grèce, occupée par les Doriens au XIIe siècle av. J.-C. ; la capitale était Lacédémone (c’est aujourd’hui un département du Péloponnèse). Les habitants avaient pour habitude d’employer le moins de mots possible. Être laconique, c’est utiliser un langage bref.
JOBARD:
Bien que l’on indique dans quelques ouvrages spécialisés que le mot est cité dès l’année 1161, on ne connaît rien de ce monsieur Jobard dont le nom, pourtant, est entré en 1839 au dictionnaire pour décrire un personnage niais et naïf, qui se laisse facilement duper. A moins que l’origine ne soit Job, patriarche biblique, symbole de l’homme frappé par le malheur.
JÉSUITE:
La Société de Jésus, fondée en 1539 par Ignace de Loyola, connut tout au long de son histoire difficultés et persécutions. Les principes de la « direction d’intention » ou de « la restriction mentale » furent dénoncés comme favorisant l’hypocrisie. Aussi qualifie-t-on de jésuite une personne passée maître dans l’art de l’intrigue et de la dissimulation.
JÉRÉMIADE:
Parmi les quatre grands prophètes d’Israël, se trouvait Jérémie, qui vécut de 650 à 590 av. J.-C. Doué de qualités particulières il prophétisa les malheurs de la ville de Jérusalem, qui fut détruite par Nabuchodonosor. De telles prédictions effrayèrent les Juifs qui, craignant les reproches de Jérémie, faillirent le mettre à mort. Il composa sur la ruine de Jérusalem de grands chants de deuil, qui furent appelés Lamentations de Jérémie. Quant aux prophéties de Jérémie, elles annoncent la punition d’Israël, rejeté de Dieu en raison de ses crimes, ainsi que celle des peuples qui se laissent aller à adorer de faux dieux. Elles donnent également des précisions sur la vie même du prophète. Voltaire semble avoir donné son essor à ce mot en l’utilisant vers 1738 dans L’Enfant prodigue ; la « prophétie » avait du bon, puisque le passage au dictionnaire suivit en 1762.
HOMÉRIQUE:
C’est la tradition qui a donné à Homère, le plus célèbre des poètes grecs, auteur de L’Iliade et de L’Odyssée, ce nom universel. Toute l’Antiquité a cru en son existence, Hérodote précisant qu’il vécut quatre siècles avant lui, vers l’an 900 av. J.-C. Pas moins de sept villes se sont disputé l’honneur d’avoir vu naître Homère : Smyrne, Chios, Colophon, Salamine, Rhodes, Athènes et Argos. La même tradition rapporte qu’Homère, devenu vieux, aveugle et pauvre, errait de ville en ville en chantant ses poèmes et qu’il mourut à Ios, où un tombeau lui fut élevé. L’Iliade, connue de l’Antiquité classique, est une épopée en 24 chants et 15 693 vers, racontant les effets funestes, pour les Grecs, de la colère d’Achille lors du siège de Troie. Quant à L’Odyssée, c’est le récit des aventures d’Ulysse, après la prise de Troie, de son retour à Ithaque et de la conquête qu’il est amené à faire de son propre royaume. Dans ce cycle gigantesque d’aventures, Homère prête aux dieux, dans L’Iliade, un rire énorme, devant les infortunes d’Héphaïstos, un rire qui allait être ensuite qualifié de... rire homérique, ce qualificatif s’appliquant par ailleurs à toutes choses présentant un caractère d’énormité.