OGRE
04/12/2013 12:18 par krissghetto
OGRE:
Orcus était une « divinité infernale » que le sermon de saint Éloi interdit d’évoquer et dont le nom finit par s’apparenter à celui des Hongrois, dans la forme hongre ou Oïgours. De ces deux mots confondus et de l’idée ressentie des Hongrois dévastateurs et pillards du Moyen Âge, est né, vers 1740, celui d’ogre, devenu monstre imaginaire dans les contes de fées, puis personne méchante qui fait peur ou qui mange beaucoup.
ODYSSÉE:
L’Odyssée, poème épique attribué à Homère, peut être considéré comme le premier roman d’aventures. Le récit des périples d’Ulysse en est la trame. Ulysse réunit les qualités qui font le « héros » : audace, ruse, courage. Aussi une odyssée est-elle devenue synonyme d’une entreprise périlleuse.
OCÉAN:
Le dieu de la mer chez les Grecs (Océan devenu Oceanus chez les Romains) était le fils d’Ouranos et de Gaea, le Ciel et la Terre ; il avait épousé sa sœur Téthys et était devenu le père des fleuves, des fontaines, des trois mille nymphes que l’on appelait Océanides. Il abreuvait ainsi les hommes et les animaux ; cet élément marin était représenté par un vieillard barbu, entouré de monstres marins et mollement étendu sur les flots. Le mot qui, à l’origine, avait l’orthographe « occean » vers 1120, devint océan en 1600 et servit à désigner ce qu’on appelait auparavant la « mer océane ». Déjà, les Océanides avaient surgi des eaux et donné naissance à l’Asie, l’Europe, la Libye, Parthénope. Rhodie, Thrace, bien d’autres encore, que les marins voulaient aller découvrir.
NICOTINE:
Fils d’un notaire nîmois peu fortuné, Jean Nicot de Villemain, né vers 1530, devint diplomate et ambassadeur de François II au Portugal. Là, un marchand flamand lui fit connaître la graine de pétun alors inconnue en Europe et qui allait devenir le tabac. Vers 1560, Jean Nicot envoya de cette semence à la reine Catherine de Médicis et présenta la plante lors de son retour en France. Le pétun ou tobaco fut réduit en poudre et l’on vit la reine s’en servir, en la prisant, pour combattre ses migraines : on l’appela « l’herbe à la reine » ou médicée et la mode fit le reste. Puis Jean Nicot donna son nom au pétun, le présentant comme étant la nicotiane et en vanta les propriétés thérapeutiques dans son ouvrage Le Trésor de la langue française, un des premiers dictionnaires de notre langue, paru après sa mort, en 1606. Si le mot nicotiane fit florès à partir de 1570, celui de nicotine fut créé en 1818, pour qualifier l’alcaloïde du tabac. Dire que tous ces termes auraient pu avoir une autre histoire ! car c’est le cordelier André Thévet, un cosmographe, qui aurait rapporté le premier le tabac du Brésil, en 1556, quatre ans avant Nicot !
NARCISSE:
On connaît un Narcisse, affranchi de l’empereur Claude dont il devint le confident, qui fit 43 tuer Messaline avant d’être exilé sur l’ordre d’Agrippine qui le fit mettre à mort en 54 ap. J.-C. Mais celui qui nous occupe ici est un personnage mythologique, fils du fleuve Céphise et de la nymphe Liriopé. Il était d’une remarquable beauté. Il en arriva à dédaigner la nymphe Écho qui, se mourant d’amour pour lui, fut alors changée en rocher, ne gardant que sa voix. Narcisse se noya en contemplant dans l’eau sa propre image dont il était si profondément épris ! Il fut changé en une fleur qui porte dorénavant son nom. Le mot qualifie un homme épris de sa propre beauté, un « narcisse », seulement depuis le XVIIe siècle. Entre-temps le mot fut pris vers 1363 pour désigner une plante monocotylédone, à pétales jaunes ou blancs. Quant au terme narcissisme, qui fait florès dans le langage « psy », c’est avec le développement des théories psychanalytiques, vers 1920, qu’il s’est fixé. On n’ose ajouter « sur lui-même ».
MOUCHARD:
L’Histoire connaît un Philippe de Noailles, duc de Mouchy, mais le personnage qui nous intéresse ici n’est finalement qu’un lointain homonyme. Au XVIe siècle vivait un professeur nommé Antoine de Mouchy qui enseignait philosophie et théologie à la Sorbonne. Comme les événements politiques mettaient en opposition le pouvoir et les calvinistes, le picard Antoine de Mouchy prit parti, se faisant appeler « De-mocharès ». Il le fit très activement, mettant un zèle infini à traquer les calvinistes qu’il soupçonnait. Pour mieux parvenir à ses fins, obtenir des résultats efficaces, il utilisa les services d’espions personnels. Eux-mêmes démasqués, ces espions furent surnommés, du nom déformé de leur « patron », des mouchards. C’était en 1579. Le nom resta et la fonction a eu des représentants tout au long des siècles et quels que soient les régimes.
MENTOR:
Fils d’Alkimos, ami fidèle d’Ulysse, Mentor fut chargé par ce dernier, qui partait pour le siège de Troie, de l’éducation de son fils Télémaque. Athéna, déesse grecque des arts et des sciences, réussit à prendre la voix et le visage de Mentor et le guida de ses conseils, en lui évitant les embûches. À la fin du XVIIe siècle, Fénélon devint le précepteur du Dauphin et écrivit un ouvrage à visée pédagogique, intitulé Les Aventures de Télémaque, dont le sujet était emprunté à L’Odyssée. Le succès fut tel dans le public que les personnages, dont Fénelon avait gardé les noms, connurent la notoriété, en particulier le fameux mentor. Suprême récompense, le mot qui signifia vite guide ou conseiller fut repris par le duc de Saint-Simon, qui assura définitivement sa carrière, aux alentours de 1700.
MÉCÈNE:
Le chevalier romain Caius Cilnius Maecenas est né en 69 av. J.-C. à Aretium (de nos jours, Arezzo) en Toscane. Noble, il acquit en Grèce les éléments d’une solide culture, se liant d’amitié en Apollonie avec Octave (futur empereur sous le nom d’Auguste). Octave, installé à Rome, appela Mécène pour le rejoindre ; ce dernier sut à la fois devenir l’ami, le confident, le ministre capable de gérer certaines affaires de l’État. Comme soldat, Mécène accompagna Octave dans ses campagnes et, comme ministre, il sut contribuer au développement des arts et de la philosophie ; il est vrai que sa fortune personnelle le lui permit plus aisément. C’est donc pour le remercier de son aide qu’Horace dédia à Mécène quelques-unes de ses odes et Virgile ses Géorgiques. Nombreux furent ceux qui, dans le domaine des sciences, des lettres et des arts, ont été protégés et financièrement aidés par Mécène. Lorsque Clément Marot voulut, en 1526, qualifier le rôle d’un protecteur généreux aidant les écrivains et les artistes, le nom de Mécène vint tout de suite au bout de sa plume. Belle récompense pour celui qui dormait dans sa tombe depuis l’an 8 av. J.-C.
MASOCHISTE:
Léopold de Sacher-Masoch naquit à Lemberg (Autriche) en 1835 ; après avoir étudié le droit, il devint homme de lettres, publiant divers ouvrages sous pseudonymes. À côté de récits et de contes décrivant la vie et les mœurs de Galicie (Récits galiciens, Contes juifs, etc.), il publia des romans où se développait un érotisme de la volupté par la souffrance. Deux textes sont particulièrement significatifs : Les Messalines de Vienne et La Vénus à la fourrure, où l’auteur décrit la volupté dans l’humiliation, les souffrances et les mauvais traitements infligés par la personne aimée. Le terme de masochisme se forgea vers 1880, avant que ne survienne la mort de l’écrivain, en 1895.
MARIVAUDAGE:
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux naquit en 1688 et fut à la fois auteur dramatique, journaliste, romancier. Familier des salons de Mme de Lambert, de Mme de Tencin, puis de Mme du Deffand, il se ruina, comme d’autres, lors des spéculations qui entraînèrent la banqueroute de Law, sous la Régence. Il dut alors gagner sa vie avec sa plume et se consacra à divers genres, mais c’est principalement le théâtre qui fit sa célébrité. Voulant renouveler la comédie, il créa des pièces psychologiques, s’arrêtant à l’amour naissant, dans une atmosphère de « fêtes galantes » propres à Watteau et dans un style qui frise la préciosité. La Double inconstance, Le Jeu de l’amour et du hasard, Les Fausses Confidences sont parmi les plus réputées. Sur la fin de sa vie (il devait mourir en 1763), sa renommée était grande et Denis Diderot créa en son honneur le marivaudage pour qualifier une manière de s’exprimer caractérisée par la recherche délicate du style, par l’analyse subtile des sentiments et frôlant l’affectation. C’était en 1760. Depuis, par extension, le mot signifie une galanterie recherchée, un badinage précieux.