VERNIS
10/01/2014 17:15 par krissghetto
VERNIS:
La Cyrénaïque est cette contrée du nord de l’Afrique, comprise entre l’Égypte et le golfe de la Grande Syrte ; les Grecs y avaient plusieurs colonies (dont la ville Cyrène) au VIIe siècle av. J.-C. Elle a longtemps été soumise aux Turcs. Il semble qu’il y ait eu, parmi les autres villes, une cité du nom de Berenike, qui se caractérisait par la fabrication d’une résine odoriférante, la sandaraque, extraite d’une sorte de thuya. Le mot grec beronike paraît avoir donné celui de veronice en latin, au Moyen Âge et celui de vernice, en italien. De là est venu le mot vernis, puisque la substance venant de la ville de Berenike servait à passer une couche se solidifiant sur certaines surfaces. Un détour assez long, pour une situation figée : le vernis a pris. Dire qu’au XIIe siècle déjà, des prédicateurs dénonçaient les femmes qui « se peignent et vernissent le visage » !
VELPEAU (BANDE):
Alfred Marie Velpeau est né à Par-çay en 1795 d’un humble maréchal-ferrant ; son instruction fut de ce fait tardive, bien qu’il ait montré son aptitude à étudier ce qui pouvait soigner les maux des animaux, comme ceux des hommes. Certains s’émurent de son cas et l’aidèrent à commencer des études, à Tours d’abord, à Paris ensuite. En 1821, il reçut les prix d’anatomie et de physiologie, magnifique récompense à son travail acharné. Il devint docteur en 1823, puis chirurgien en 1828, avant d’être élu en 1833 à l’Académie de Médecine. Chirurgien-chef de la Charité, il était élu en 1843 membre de l’Académie des Sciences. Il écrivit un nombre impressionnant d’ouvrages, de traités et de thèses dans des domaines aussi divers que l’anatomie, l’obstétrique et les techniques chirurgicales. C’est vers 1860 qu’il créa ce qui n’allait pas tarder à devenir la bande de Velpeau, en crêpe, élastique, convenant pour les bandages à compression douce. Velpeau mourut en 1867 et la « bande Velpeau » allait, de plus en plus, rendre service et perpétuer le nom de ce grand chirurgien.
VANDALE:
Sur les bords de la Baltique était installé, au Ier siècle après J.-C., un ancien peuple germanique ; les régions de l’Oder et de la Vistule avaient sa préférence. C’étaient les Vandales. Après de multiples expéditions, les Vandales, au début du Ve siècle, envahirent et dévastèrent la Gaule, l’Espagne du Sud et l’Afrique du Nord. En 455, leur chef Genséric s’empara de Rome et ses troupes pillèrent la ville pendant deux semaines entières. Ce sac a laissé un tel souvenir de massacres et de pillages qu’il s’est inscrit dans la mémoire collective. En 1732, le mot « vandale » fut officialisé ; créé en 1739, le terme « vandalisme » fut repris en 1794 par l’abbé Grégoire de manière définitive. Victor Hugo l’utilisa en 1832.
UTOPIE:
Dans son livre intitulé De optimo reipublicae status deque novaiïnsula Utopia, Thomas More décrivit un pays fabuleux, nommé Utopie, où tout était parfaitement réglé pour le bonheur de chacun. Ce plan de gouvernement de société imaginaire plut à François Rabelais qui utilisa en 1532 le mot utopie pour qualifier tout projet imaginaire et de réalisation impossible.
TOM-POUCE:
Dans les contes anglais figure, dès le XVIe siècle, un certain nain du nom de Thomas Thumb, traduit vers 1872 en Tom Pouce. Sa réputation était importante et son nom fort connu. Aussi, lorsque le fameux Barnum décida d’exhiber dans le monde entier - c’était vers les années 1845-1850 - le Célèbre nain de 1,02 m qu’il avait recruté, il voulut lui donner un nom « parlant » au grand public. Charles Sherwood Stratton devint le « général Tom Pouce ». Le nom de tom-pouce caractérisant dorénavant un être de toute petite taille, le terme fut repris en 1930, lorsque fut créé un petit parapluie à manche court, ou pliant.
TITAN:
Fils d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia, frère de Cronos, Titan eut avec Gê (la Terre) douze « enfants » géants, appelés les Titans. Titan « père » céda le trône à Cronos à condition que celui-ci dévorerait ses enfants mâles, afin que l’empire du monde revienne aux fils de Titan. Zeus, Poséidon et Hadès échappèrent toutefois à la mort grâce à une ruse de leur mère. Titan, l’ayant appris, enchaîna Cronos et sa famille. Plus tard, quand Zeus eût délivré ses parents, Titan s’enfuit avec ses fils à l’Occident. Une telle condition, une telle démesure, une telle force exaltée explique le sens du mot titan ; il signifie personne ou objet ayant un caractère de grandeur et de force extraordinaires. Il est attesté dès le XIVe siècle. Un travail de titan est par nature gigantesque, à la limite des forces humaines et c’est dans ce sens que Victor Hugo l’a remis à la mode, vers 1831.
TARTARIN:
C’est à l’âge de trente-deux ans qu’Alphonse Daudet créa le personnage de Tartarin de Tarascon. L’auteur fatigué dut se rendre en Algérie pour rétablir sa santé compromise. Bien lui en prit, puisque son compagnon de voyage lui permit de créer le type de l’homme du midi, exubérant et finalement dupe de ses propres mirages ; au demeurant, un véritable enfant. Primitivement, Daudet avait intitulé son roman : Les Aventures prodigieuses de Barbarin de Tarascon, mais il dut changer le titre, car un habitant de Tarascon menaçait de lui faire un procès ! Cela devint Tartarin. Le livre fut publié en 1872. Si Tartarin est vantard et bavard, méridional donc, peut-être rappelle-t-il aussi le surnom d’un homme de guerre de la Drôme qui, au XVIe siècle, aurait combattu Bayard avant de devenir son compagnon d’armes.
TARTUFFE:
Molière fut un grand connaisseur de la commedia dell’arte. Un personnage, Tartufo, c’est-à-dire « la truffe », type de l’hypocrite retint son attention et l’inspira. Bien sûr, en écrivant, en 1664, Le Tartuffe ou L’Imposteur, Molière donnait une nouvelle preuve de son talent en créant un type absolu. Ce ne fut pourtant pas sans mal. En effet, devant les clameurs soulevées par les dévots, le roi interdit la pièce ; Molière la transforma et la rejoua en 1667, mais l’interdiction de jouer fut à nouveau prise à son encontre. Ce ne fut qu’en 1669 que Le Tartuffe put être intégralement représenté, obtenant un grand succès, immortalisant sous le nom de tartuffe l’hypocrite, qui exploite la crédulité des gens. Le mot tartuferie fut créé en même temps - 1669 - et même le verbe tartufier, qu’utilisa madame de Sévigné.
SPARTIATE:
Dès le IXe siècle av. J.-C., Sparte conquit la Laconie et la Messénie et domina le Péloponnèse au moment des guerres médiques. Pendant la guerre du Péloponnèse (431-404), elle s’opposa à l’impérialisme athénien et vainquit, établissant son autorité sur toute la Grèce. Des oppositions surgirent et Sparte finit par être vaincue à son tour à Sellasie, puis par Rome (146 av. J.-C.). Prise et détruite par Alaric (296 ap. J.-C.), envahie par les Slaves, peuplée de Byzantins, Sparte finit par être acquise par les Turcs en 1715. Les habitants de la ville, les Spartiates, étaient réputés pour leur valeur militaire et leur laconisme ; au sens figuré, un Spartiate fut bientôt un homme aux mœurs rigides, d’une âme ferme et bien trempée. Dans cet ordre d’idées, l’habillement fut réduit à sa stricte expression et une sandale de cuir laissant le pied très découvert, c’est-à-dire sans aucun confort ou élégance superflus, fut nommée une Spartiate. Si Montaigne a évoqué le mot, c’est au cours du XIXe siècle qu’il s’est officiellement fixé.
SOSIE:
Au départ, se trouvait une comédie de Plaute, Amphitryon ; Sosie est son valet et Mercure a pris les traits de Sosie, tandis que Jupiter a pris ceux d’Amphitryon. On imagine les quiproquos. En 1638, Rotrou écrivit une comédie, intitulée Les Sosies, largement inspirée de celle de Plaute, où l’esclave Sosie se trouve en présence d’un second Sosie qui n’est autre que Mercure, qui a pris ses traits. Trente ans plus tard, en 1668, Molière donna à son tour une belle place à Sosie, dans son Amphitryon ; personnage de farce, poltron, hâbleur, insatisfait de sa condition de valet. Est-ce là que Sosie devint nom commun ? Les avis sont partagés, car certains pensent que c’est Voltaire qui employa le mot de sosie, dans le sens d’une personne qui a une parfaite ressemblance avec une autre certains le contestent. Cela ne gêna guère Jean Giraudoux, qui prépara en toute tranquillité un Amphitryon 38 dans lequel Sosie tenait sa place à moins que ce ne fût son double.